Tactique & xG

Expected goals expliqués : ce que le xG dit vraiment de la Ligue 1

Publié le 12/07/2026 · Analyses & Data · Lecture guide fan & analyses

Au terme de la saison 2024-25, le Paris Saint-Germain de Luis Enrique a réalisé un triplé historique, et Ousmane Dembélé a soulevé le Ballon d'Or 2025 après 21 buts en Ligue 1. Derrière ces trophées, une métrique s'est imposée dans toutes les analyses de données : les expected goals, ou xG, qui mesurent la probabilité qu'un tir devienne un but.

De la surface de l'Olympique de Marseille de Roberto De Zerbi aux contres du Stade Brestois d'Éric Roy, la Ligue 1 2024-25 a offert un terrain d'étude idéal. Entre surperformance spectaculaire et sous-réalisation chronique, les chiffres racontent une histoire que le seul classement des buteurs masque.

Comment le modèle xG est-il construit ?

Un modèle de xG attribue à chaque frappe une valeur entre 0 et 1, calculée à partir de centaines de milliers de tirs historiques recensés par Opta ou StatsBomb. Un tir à 6 mètres face au but vide peut valoir 0.90 xG, quand une frappe lointaine de 30 mètres tombe autour de 0.02 xG. La distance reste la première variable du calcul, loin devant le pied utilisé ou la réputation du tireur.

La position sur le terrain et l'angle de tir forment le deuxième étage du modèle. Une tentative dans l'axe, à 11 mètres, vaut environ 0.30 xG, alors que le même tir excentré près de la ligne de but chute sous 0.05 xG. Les modèles de Stats Perform intègrent aussi la pression du défenseur le plus proche et la position du gardien dans la ligne de frappe.

La partie du corps change tout : une tête plongée à 5 mètres est minorée d'environ 30 % par rapport à une reprise du pied, car elle se cadre moins facilement. Le type de service complète la photographie, puisqu'un centre en retrait de Jonathan Clauss génère des occasions à 0.25 xG quand un long ballon vers Folarin Balogun plafonne à 0.08 xG.

  • Distance au but : de 0.02 xG à 30 mètres jusqu'à 0.90 xG à bout portant.
  • Angle de frappe : l'axe central multiplie la valeur par trois face à un tir excentré.
  • Partie du corps : le pied fort prime sur la tête, minorée d'environ 30 %.
  • Type de service : centre en retrait, passe en profondeur ou ballon aérien modifient le score.
  • Situation de jeu : une récupération haute crée des tirs plus dangereux qu'une attaque placée.
Un attaquant de Ligue 1 conclut une action dans la surface
Un attaquant de Ligue 1 conclut une action dans la surface

Pourquoi un penalty vaut exactement 0.76 xG

Sur l'ensemble des penalties historiques compilés par Opta, environ 76 % sont transformés, ce qui fixe la valeur de l'exercice à 0.76 xG. Mason Greenwood en a bénéficié à sept reprises avec l'Olympique de Marseille en 2024-25, ajoutant environ 5.3 xG à son total personnel.

Cette convention a une conséquence directe sur la lecture des buteurs spécialistes. Jonathan David, auteur de quatre penalties avec Lille en 2024-25, voyait son xG brut dépasser son NPxG, le non-penalty xG publié par StatsBomb. Les analystes comparent donc toujours les deux versions avant de juger un avant-centre.

xG contre buts réels : lire la surperformance

Comparer les buts marqués aux xG cumulés révèle la qualité de finition d'un joueur ou d'une équipe. Ousmane Dembélé, repositionné en faux neuf par Luis Enrique à l'hiver 2024-25, a inscrit 21 buts pour environ 17.5 xG, soit une surperformance de +3.5 dans l'ordre de grandeur. Sa lecture des espaces entre les centraux adverses, plus que la seule puissance de frappe, explique cet écart durable.

À l'inverse, Folarin Balogun a connu une saison 2024-25 frustrante avec l'AS Monaco : environ 8 buts pour près de 12 xG, une sous-réalisation de -4 qui a coûté des points à l'ASM dans la course au podium. Ses ratés face à Lens et à Lille, sur des occasions évaluées à 0.40 xG, illustrent comment un attaquant peut être parfaitement servi sans jamais convertir.

Le cas du Stade Brestois 2024-25 reste l'exemple d'école de l'overperformance collective. L'équipe d'Éric Roy a inscrit environ 52 buts pour 45.6 xG, soit un écart de +6.4 porté par la réussite de Romain Del Castillo et Ludovic Ajorque. Cette réussite a mené Brest en Europe, mais les modèles prédisaient une régression, confirmée par un exercice 2025-26 nettement plus terne.

Tableau avec une carte de tirs marquée de croix colorées
Tableau avec une carte de tirs marquée de croix colorées

PSxG, la deuxième couche de l'analyse des tirs

Le PSxG, post-shot expected goals, mesure la qualité du tir après son départ : placement, puissance et trajectoire vers la lucarne ou le petit filet. Un ballon cadré dans la lucarne vaut 0.60 PSxG là où le même tir mou sur le gardien tombe à 0.10 PSxG.

Lucas Chevalier, avant son transfert au Paris Saint-Germain à l'été 2025, affichait avec Lille un différentiel PSxG-buts concédés de +6 environ, signe d'un portier qui sauve des buts presque certains. À l'autre bout, Amine Gouiri, dont le PSxG dépasse le xG de 0.15 à 0.30 par 90 minutes, frappe mieux que la moyenne des attaquants du championnat.

xG pour, xGA et écart de finition des six clubs de tête de Ligue 1 (saison 2024-25, ordres de grandeur).
ClubxG pourxGAButs réelsÉcart (over-under)
Paris Saint-Germain78.429.192+13.6
Olympique de Marseille63.241.574+10.8
AS Monaco62.538.263+0.5
LOSC Lille52.833.952-0.8
RC Lens50.432.642-8.4
Stade Brestois45.648.952+6.4

xG d'équipe, xGA et lecture collective

Au niveau collectif, le xG pour mesure la production offensive et le xGA, les expected goals concédés, mesure la solidité défensive. Le Paris Saint-Germain de Luis Enrique a dominé les deux tableaux en 2024-25 avec environ 78.4 xG pour et 29.1 xGA, un différentiel proche de +49 qui traduit une domination totale. Marseille, avec 63.2 xG pour mais 41.5 xGA, affichait un bloc généreux vers l'avant mais perméable en transition.

Le RC Lens illustre le versant opposé : 50.4 xG pour seulement 42 buts, le pire différentiel négatif du top 6 avec -8.4. Les Sang et Or créaient autant que Lille mais convertissaient dix buts de moins, faute d'un finisseur du calibre de Jonathan David.

Le xGA s'associe à d'autres métriques de contrôle qui précisent le style de chaque équipe. Le PPDA, passes adverses autorisées avant action défensive, tourne autour de 8 à 13 en Ligue 1, Paris pressant à 8.5 quand Brest défend à 12.8. Le Field Tilt, part des passes jouées dans le tiers adverse, culmine à 65-70 % pour le leader parisien, et Vitinha délivre 7 à 9 Progressive Passes par 90 minutes, ordre de grandeur des meilleurs relayeurs européens.

  • PPDA : 8.5 pour le pressing parisien, 12.8 pour le bloc bas brestois.
  • Field Tilt : 65 à 70 % de domination territoriale pour le PSG de Luis Enrique.
  • Progressive Passes : 7 à 9 par 90 minutes pour Vitinha et João Neves.
  • Big Chances : 2 à 4 occasions franches par match pour les attaques du podium.
  • Différentiel xG-xGA : +49 pour Paris, +24 pour Monaco, -3.3 pour Brest.
Ballon touchant le filet au fond des filets de but
Ballon touchant le filet au fond des filets de but

Dembélé, Brest et la leçon de la saison 2025-26

L'exercice 2025-26 confirme la loi de la régression vers la moyenne. Brest, privé de plusieurs cadres, est revenu à un différentiel proche de zéro, exactement ce que les xG annonçaient douze mois plus tôt. Jonathan David, parti à la Juventus à l'été 2025, a laissé à Lille un trou d'environ 15 buts attendus que Bruno Génésio compense par le collectif.

Le PSG, lui, a intégré Lucas Chevalier et prolongé la dynamique de son triplé, avec Dembélé installé en neuf de métier et un xG par 90 minutes stabilisé autour de 0.75, ordre de grandeur des grands avant-centres européens. La leçon tient en une phrase : les expected goals ne prédisent pas le prochain match, mais ils désignent presque toujours le vrai niveau d'une équipe sur 38 journées.

Projection pour la fin de la saison 2025-26 : si Marseille maintient un différentiel xG-xGA supérieur à +20 et que Monaco corrige la finition de Balogun et Akliouche, la deuxième place se jouera sur les Big Chances converties, pas sur la possession. Surveillez le PSxG des gardiens, de Chevalier à Samba : là se décideront deux ou trois places européennes au printemps 2026.

À retenir : les expected goals en quatre points

  • Un xG est une probabilité de marquer : 0.76 pour un penalty, 0.02 pour une frappe de 30 mètres.
  • Le PSxG mesure l'exécution du tir et le niveau réel des gardiens comme Lucas Chevalier.
  • L'écart buts-xG révèle la finition : +3.5 pour Dembélé, -4 pour Balogun en 2024-25.
  • Sur 38 journées, le différentiel xG-xGA d'une équipe finit toujours par dire la vérité.